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Résidence du groupe FEU!

Le groupe FEU ! réunit cinq artistes et une artisane. Ils sont dès maintenant en résidence à la Tuilerie. La Tuilerie les interroge sur le geste et la transmission, par son implantation sur son gisement d’argile et sa tradition d’équipe ouvrière :  

  • L’importance de reprendre le contact direct avec l’origine des choses, sans intermédiaires, en créant à partir de l’argile prélevée sur le site même de la Tuilerie,
  • Ce qui change pour des artistes lorsque la fabrication est pensée comme un travail collectif et non comme une suite de pratiques individuelles.

ACTE 1

Où le groupe FEU! rencontre la terre sauvage.
(Daria, la fabrique, la terre et les sangliers)


La terre n’est pas sale!

« Ce qui m’inspire pour ce projet, c’est qu’on vit dans la région très riche en matières céramiques et pourtant on ne les connaît pas, et on se sert des matériaux qui sont transportés des autres bouts du monde, tandis que, peut-être, découvrir ce qui est à la proximité peut booster le travail de chacun, aider dans la connaissance de la matière qu’on aime tous et permettre d’avancer dans son usage plus consciencieux dans nos pratiques respectives. Donc, personnellement je vois un grand intérêt dans cette possibilité de rendre la matière avec laquelle on travaille plus familière, d’établir un rapport plus honnête, plus direct, si vous voulez, en la ramassant dans la nature où on vit – c’est tellement différent par rapport à travailler l’argile qui est un produit acheté au magasin. Quand j’étais petite je passais mes étés
au village. Ça m’est arrivé de faire tomber une pomme dans la gadoue, elle était toute pleine de boue et je voulais la jeter, mais les villageois m’ont dit : la terre c’est tout sauf la saleté ! Je pense que si on ne travaille l’argile qu’en l’achetant au magasin on ne peut pas la connaître de cette manière intime et nos rapports avec elle restent “froids”, “distanciés” et donc on triche un peu en pensant la connaître. »

C’est une manière de constater qu’à l’endroit même où nous nous croyons sincères dans notre pratique, nous avons peu à peu perdu le contact direct avec les choses, comme si la matière devait toujours nous parvenir filtrée, normalisée, séparée de son origine et de son histoire. Quelle ironie, surtout lorsqu’il s’agit de la terre elle-même.
À l’inverse, prélever la terre dans le paysage où l’on vit, la manipuler telle qu’elle se présente, permet de renouer avec une expérience pleine, immédiate, non médiée.
Serait-ce une manière de se réapproprier le monde et de sortir de cette distance qui nous maintient, sans que nous nous en rendions compte, un peu étrangers à ce que nous façonnons ?

ACTE 2

Une relecture de la fabrique Bossy


« Comme c’est beau la machine quand l’homme la reprend. »

Nous parlons de Bossy, la fabrique, non pas telle qu’elle existe aujourd’hui, mais telle que nous la percevons dans notre imagination, peut-être par un malentendu sur ce qu’elle a pu être : un endroit où le travail collectif et les contraintes techniques créent un processus vivant et transmissible.


Le projet interroge le geste et sa transmission. Comment un geste se construit-il dans un cadre collectif ?
Comment l’organisation, les outils, la répétition et les contraintes influencent-ils la création ? De la matière brute à l’objet final, chaque étape révèle des choix, des ajustements et parfois des erreurs, autant de sources de possibles, jusqu’à devenir langage commun.
Lors de notre première visite, nous sommes tombés sur une photographie ancienne représentant des ouvriers réunis autour d’une table, partageant un repas. Cette image a marqué notre réflexion : elle nous a donné à penser la dimension collective, sociale et rituelle du travail.
Nous fabriquons nos propres outils, développons des formes modulaires et reproductibles en lien avec des moments et des usages d’accrochage du groupe (socles, claustras, carrelages, tuiles) et organisons le travail autour de temps collectifs. L’objectif n’est pas de recréer un modèle passé, mais d’éprouver aujourd’hui ce que produit un geste commun.


FEU! pose une question simple :


Qu’est-ce qui change lorsque la fabrication est pensée comme un travail collectif et non comme une suite de pratiques individuelles ?
Quel est notre rapport actuel à la production contemporaine ? Sans cadre commun, sans contraintes partagées, une pratique artistique ou artisanale ne se disperse-t-elle pas ? Ne devient-elle pas juste un ensemble de gestes indépendants, déconnectés les uns des autres, une succession de pratiques isolées, une simple activité, sans transmission ?


La restitution sera présentée lors des Journées Européennes des Métiers d’Art (7–12 avril 2026).

Voir le dossier de Presse de FEU!

Le groupe FEU! sur Instagram : @feu_le_groupe_